Le feuilleton toponymique continue…

juin 13, 2012 admin

Une déclaration fracassante de Vladimir Medinsky, nouveau Ministre de la Culture de la Fédération de Russie, rend espoir aux partisans d’une « débolchevisation » des noms de rues en Russie


Le 4 juin dernier à Moscou, lors de l’inauguration de l’exposition* consacrée à la Société Orthodoxe Impériale de Palestine dans les locaux du Manège, Vladimir Medinsky, nouveau Ministre de la Culture de la Fédération de Russie, a confirmé son soutien sans réserve au changement de nom des rues consacrées à la mémoire de certains personnages glorifiés par l’historiographie bolchevique. Selon Youri Bondarenko, président de la fondation Vozvrachtchenie (Le Retour)**, « c’est la première fois qu’un haut responsable se prononce d’une manière aussi déterminée à propos des noms de lieux en Russie au cours des derniers vingt ans qui se sont écoulés depuis la renaissance de l’Etat russe ». Plus remarquable encore, le Ministre de la Culture juge que « la capitale doit avoir des rues portant les noms du grand-duc Sergueï Alexandrovitch et de la sainte grande-duchesse Elizaveta Fedorovna ».
On connaît la vénération quasi générale qui entoure désormais la mémoire de la grande-duchesse Elisaveta Feodorovna, morte en martyre à Alapaïevsk en juillet 1918 et canonisée par l’Eglise orthodoxe russe, mais ce signe de respect officiel pour celle de son époux, le grand-duc Sergueï Alexandrovitch, gouverneur général de Moscou, assassiné en février 1905 par le terroriste « S.R ». Kaliaev, fait figure de coup de tonnerre.
En effet, cet automne, on pouvait espérer qu’une rue de Saint-Pétersbourg portant le nom particulièrement odieux de Bela Kun *** serait rebaptisée, mais il semble bien que l’affaire se soit enlisée. Parmi les arguments invoqués, les réticences habituelles d’une bonne partie des habitants, hostiles aux complications administratives qu’un tel changement implique. Un micro-trottoir télévisé a par ailleurs révélé leur totale ignorance de l’enjeu. A la question « Savez-vous qui était Bela Kun ? », on a pu entendre des réponses ahurissantes, par exemple : « C’était un artiste, un peintre de la Baltique, je crois… ». Des membres influents de la Commission toponymique de la ville s’y sont également opposés, arguant que cette rue du quartier récent de Kouptchino porte ce nom depuis sa création et que l’on ne peut donc pas s’appuyer sur la reprise d’un nom historique. Certains ont été jusqu’à dire qu’il ne fallait pas se comporter comme les Bolcheviks en débaptisant à tour de bras sans respect du passé…
Autant dire que le combat sera encore long ! Il est même perdu d’avance si l’on n’explique pas aux habitants de quoi il retourne. Les riverains de la rue Bela Kun auraient sans doute réagi différemment si la question posée avait été : « Voulez-vous vraiment honorer la mémoire d’un bourreau dont le seul titre de gloire est d’avoir fait couler des flots de sang, en ordonnant à tour de bras fusillades, noyades en mer, pendaisons, massacres de blessés et de personnel médical dans les hôpitaux ? »…